Note de l'auteure :
Bonjour à tou-te-s,
Comme promis il y a un peu plus d'un mois, voici la deuxième partie du bonus.
Encore une fois, soyez attentif-ve-s aux dates indiquées car le temps passe vite dans ce bonus ^^
Pour rappel, je vous ai laissé la fois dernière après un réaménagement du Square Grimmaurd à l'été 2006 et un mariage en janvier 2007 :)
Pour cette deuxième partie, un long passage est consacrée à des personnages secondaires mais cela me tenait à cœur de l'écrire, j'espère que cela plaira tout de même.
Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont laissé une review anonyme puisque je ne peux pas faire de réponse personnalisée. Ainsi que toutes les autres, à qui j'ai déjà répondu en privé. J'ai été très touchée de vos retours nombreux malgré une année d'absence.
Bonne lecture :)
Disclaimer :
Je précise que l'univers et les personnages appartiennent à leur auteure J K Rowling, je n'ai fait que les emprunter. Tous les éléments (ou presque) des livres ont été conservés, excepté l'épilogue.
Rating : M
Chapitre Bonus
La vie n'est pas qu'un long fleuve tranquille
Partie 2
Dimanche 3 février 2008
Dans l'air glacial de ce milieu d'après-midi, alors que les adultes piétinaient pour ne pas avoir froid, des cris joyeux d'enfants résonnaient dans le jardin du Terrier. Il faisait particulièrement beau, mais le thermomètre affichait une température négative, pour le plus grand plaisir des bambins à la chevelure majoritairement rousse qui pouvaient ainsi profiter de la neige tombée depuis quelques jours. Pour une fois, Molly et Arthur avaient renoncé à enchanter le jardin pour y passer la journée sans grelotter de froid, afin de laisser leurs petits-enfants jouer à la luge, à la bataille de boules de neige, ou simplement fabriquer un igloo ou un bonhomme.
Ainsi, une bonne partie de la famille se serrait dans le salon et la cuisine de la maison biscornue, pendant que quelques-uns des adultes s'étaient dévoués pour surveiller la marmaille. Harry et Drago étaient de ceux-là. Afin de laisser souffler quelque peu les heureux, mais épuisés, parents. Et il y avait de quoi faire entre les trois enfants de Bill et Fleur, Victoire, Dominique et Louis, le fils ainé de Georges et Angelina, Fred, les deux filles de Percy et Audrey, Molly et Lucy, ainsi que Rose, la fille de Ron et Hermione, qui fêtait ce jour-là ses deux ans. Ne manquait dans le jardin que la petite Roxanne, onze mois, Angelina avait préféré ne pas la laisser ramper dans la neige de peur qu'elle attrape mal.
Les deux hommes étaient restés à l'écart des enfants, presque sous la marquise au-dessus de la porte de derrière, observant silencieusement Charlie et Théodore jouer avec leurs neveux et nièces. Ces deux-là n'avaient pas d'enfants, mais appréciaient particulièrement leur présence.
Drago regardait avec attention son meilleur ami faire voler la petite Rose dans les airs en tournant sur lui-même. Une bouffée de tristesse l'emplit alors qu'il repensait à l'annonce qui avait été faite un peu plus tôt dans la journée.
Ce jour-là, la famille Weasley au grand complet s'était réunie pour l'anniversaire de Rose. Cela n'arrivait pas souvent, mais par chance, tout le monde était disponible ce dimanche. Et même Percy avait fait l'effort de venir, pour faire plaisir à son frère certainement. Car il ne s'entendait toujours pas avec Drago et lui adressait à peine la parole, ainsi il fuyait souvent les repas de famille puisque le couple y était systématiquement convié. Et Charlie avait fait seul le déplacement depuis la Roumanie, pour la journée. Profitant de l'occasion, Ron et Hermione avaient annoncé la très récente grossesse de la jeune femme. Tout le monde s'était alors réjoui et avait félicité chaleureusement le couple. Mais Drago avait vu les visages de Théodore et de Ginny s'assombrir. Cela n'avait duré qu'un court instant et tous les deux avaient rapidement camouflé leurs sentiments, sauf que Drago avait immédiatement eu un regard pour son ami à l'annonce de la nouvelle, sachant que les tourtereaux tentaient depuis déjà un moment d'avoir un bébé.
Cela faisait quelques semaines que Théodore s'en était ouvert à son ami. Bien que la relation des jeunes gens soit assez récente, ils avaient finalement décidé, au bout d'un an, de faire un bébé. Sauf que cela n'arrivait pas… Ça durait depuis maintenant douze mois et Théodore était triste et déçu que ça ne fonctionne pas. Drago savait que ce dernier se réjouirait de la future naissance, mais la déception que d'autres y arrivent avant eux était malgré tout présente, et l'ancien Serpentard le comprenait aisément. Tout à ses pensées, il n'entendit pas tout de suite Harry qui lui parlait.
— Drago ? Drago !
— Oui ? répondit finalement l'intéressé.
— À quoi tu pensais pour être aussi absorbé ? s'enquit son époux.
— À la grossesse de Hermione… Et à Théo et Ginny…
— Je ne vois pas le rapport, tu m'expliques ?
Drago ne répondit pas immédiatement et réfléchit à la décision de briser sa promesse. Il estima cependant que Théodore ne le saurait pas et qu'il n'y aurait donc pas de dommages.
— Je ne devais en parler à personne alors tu devras garder le secret. Théo m'a récemment confessé qu'ils essayaient depuis environ un an d'avoir un bébé, mais ça ne semble pas marcher. Et à l'annonce de la grossesse tout à l'heure, j'ai bien vu à quel point ils ont tous les deux été peinés.
— Oh…
Le visage de Harry reflétait sa surprise et également un peu de tristesse.
— Je ne pensais pas que Ginny voulait si rapidement des enfants. Elle m'a toujours soutenu qu'elle voulait faire carrière et qu'elle était loin d'être prête.
Son visage était sombre et Drago devinait sans mal que le héros de la guerre était en train de se demander si la décision de Ginny avait un rapport avec lui ou pas. Il devait sûrement se dire que si elle avait auparavant refusé d'avoir des enfants c'était parce que Harry ne lui convenait en réalité pas comme futur père.
— Harry, soupira Drago, cela n'a rien à voir avec toi. Ginny a changé, a vieilli et a rencontré quelqu'un au bon moment de sa vie, tout simplement.
— Tu as probablement raison…
Harry n'ajouta rien et Drago n'insista pas, il savait que cela n'améliorerait pas les choses. Cependant, Harry en parlerait sûrement avec son psychomage et règlerait le souci plus ou moins rapidement. Ce dernier avait vraiment pris très au sérieux la nécessité de se faire aider après qu'ils se soient remis ensemble, et avait vu le psychomage toutes les semaines pendant six mois, puis tous les quinze jours, et depuis un an une fois par mois seulement. Cela avait vraiment tout changé et Drago voyait maintenant Harry plus heureux et plus épanoui au quotidien. Ses addictions étaient loin derrière lui, ses cauchemars avaient presque disparu et même les potions pour son sommeil n'étaient plus nécessaires. Le chemin avait été laborieux et les disputes avaient été nombreuses ses deux dernières années, mais Harry avait presque entièrement remonté la pente. Et comme un effet domino, Drago aussi allait mieux. Il avait pu s'affranchir doucement des épreuves de son passé et seules quelques réminiscences subsistaient. Comme en ce jour où Drago pensait à ses anciens camarades de classe, parce que c'était la Saint Blaise. Il avait eu quelques nouvelles des anciens Serpentards, par courrier essentiellement, mais Drago n'avait pas eu envie de vraiment renouer avec eux alors que ceux-ci avaient cessé de se préoccuper de lui après la chute de Voldemort.
— Et toi, Drago ? demanda soudain Harry doucement.
— Quoi, moi ?
— Hé bien… on en a jamais vraiment parlé, mais c'est une bonne occasion d'aborder le sujet. Tu veux des enfants un jour ?
— Très honnêtement je ne sais pas trop. J'ai eu une enfance pas aussi heureuse qu'on peut le penser, mes parents n'ont pas été des modèles idéaux comme tu le sais. Je ne pense pas que je puisse être un bon père, ça m'effraie un peu, avoua-t-il.
— Pourtant tu adores Rose ! Et je peux te dire que c'est réciproque. Parfois je me demande même si ce n'est pas toi son parrain tellement elle te voue une admiration sans bornes. Et Teddy aussi t'adore.
— Évidemment que je les aime tous les deux, mais ce ne sont pas mes enfants. Je n'ai pas cette responsabilité vis-à-vis d'eux, cela change tout. Je ne peux pas dire que je n'ai pas envie d'avoir d'enfants, simplement je crois qu'on a encore largement le temps d'y penser.
Harry ne répondit pas immédiatement et Drago pensa un instant avoir commis un impair. Harry n'avait jamais pu cacher son envie d'avoir une famille, et rien qu'à le voir avec les Weasley on sentait bien que c'était important pour lui qui n'avait pas connu ses parents et n'avait pas été aimé durant son enfance.
— Moi non plus je n'ai pas eu une enfance heureuse, mon oncle et ma tante ne m'ont jamais aimé, je n'ai pas eu un meilleur modèle que toi. Mais je sais que j'aimerais bien avoir des enfants. On a encore du temps, tu as raison, et on attendra que tu sois prêt.
— Et si je ne le suis jamais ? demanda Drago en essayant de ne pas imaginer ce qui pourrait arriver dans ce cas.
— Alors on en aura pas…
Drago se sentit instantanément soulagé et Harry dut le ressentir, car il sourit et lui attrapa la main pour la serrer.
— Je ne peux pas dire que je ne serais pas déçu de ne pas en avoir et tu devras me laisser faire le deuil d'une famille dans ce cas-là, mais je ne peux pas vivre sans toi. Je ne veux pas prendre le risque de te perdre, je préfère vivre heureux sans enfants et avec toi, plutôt que sans toi. Et puis je ne veux d'enfants avec personne d'autre.
Harry se tourna vers son compagnon et Drago put lire dans ses yeux verts tout l'amour que cet homme lui portait.
— J'ai fait une promesse le jour où tu m'as donné une seconde chance, Drago. Et j'ai réitéré cette promesse quand on s'est uni l'an dernier, je ne la romprais jamais. Quoi qu'il arrive, nous sommes coincés ensemble pour le reste de notre vie, avec ou sans marmots, rigola Harry pour alléger l'ambiance.
— Je t'aime, conclut alors simplement Drago en embrassant Harry.
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Samedi 13 septembre 2008
Harry profitait d'une grasse matinée quand une chouette le réveilla en hululant comme une possédée. Un peu groggy, il se dirigea dans la pièce des hiboux pour récupérer le courrier. Il s'agissait d'une lettre au sceau de Sainte-Mangouste. Cela le réveilla aussitôt. Il se précipita dans le salon pour vérifier la date sur la Gazette du jour et sut immédiatement de quoi il s'agissait. Il ouvrit rapidement le cachet et constata avec une grande joie que Ron écrivait toujours aussi mal, surtout quand il était sous le coup de l'émotion. Comme il s'en doutait, ce pli annonçait la naissance de Hugo. Le petit coquin s'était fait attendre et n'avait apparemment décidé de pointer le bout de son nez qu'après la date de terme présumée, contrairement à sa sœur ainée Rose qui était arrivée avec quelques semaines d'avance.
L'ancien Gryffondor décida alors d'écourter son repos bien mérité et engloutit rapidement un petit-déjeuner avant de transplaner sur le Chemin de Traverse. Il poussa la porte de la boutique de potions avec un énorme sourire et rejoignit le comptoir en essayant de ne bousculer personne. En effet, la pièce était emplie de clients, il était difficile de circuler.
Harry atteignit enfin son objectif et après avoir croisé le regard de Théodore qui lui fit un petit signe de tête, il passa la porte pour rejoindre Drago dans son laboratoire. Le petit immeuble d'un étage avait bien changé. Après que l'ancien Serpentard eut déménagé au Square Grimmaurd, l'appartement était resté vide un certain temps. Les mois passant, l'activité continuant à se développer, les deux associés avaient tout réaménagé, car la configuration initiale ne convenait plus. Seule la cave avait gardé sa fonction première, le stockage de matériel, d'ingrédients et d'articles à vendre. Le laboratoire était devenu une pièce de stockage pour les potions confectionnées par Drago et son équipe, celles qui étaient vendues en boutique et les commandes qui attendaient d'être envoyées ou récupérées en mains propres ; et c'était également là que Théodore faisait les comptes. À l'étage, les murs avaient été un peu bousculés, Drago avait fermé la pièce principale pour en faire un grand laboratoire et avait créé une nouvelle ouverture entre le vestibule d'entrée et le couloir desservant la cuisine, la salle de bain et l'ancienne chambre, devenue une salle de repos. Les employés des deux amis avaient un espace pour cuisiner leur déjeuner, pour manger et prendre leur pause. En effet, presque trois ans après l'ouverture de la boutique, Théodore et Drago avaient ainsi sous leur ordre deux vendeurs et une potionniste. Leurs rôles initiaux n'avaient pas changé et Drago restait presque tout le temps dans son laboratoire tandis que Théodore s'occupait de la gestion administrative et des commandes, tout en aidant régulièrement en boutique et au labo quand cela était nécessaire. Ils envisageaient même de prendre une troisième personne pour la vente et le conseil pour certaines périodes plus tendues.
Harry prit l'escalier pour se rendre à l'étage, entra dans l'appartement avec toujours le même petit pincement au creux du ventre, les souvenirs l'assaillant, et frappa à la porte du laboratoire. Il avait appris à ne jamais y entrer sans prévenir, sous peine de graves conséquences. Drago l'aimait éperdument, mais il savait que s'il faisait capoter une préparation délicate à cause d'une intrusion imprévue, il lui en voudrait pendant des jours entiers. La porte s'entrouvrit rapidement sur un visage rond et une tignasse brune appartenant à Marie, la potionniste qui travaillait avec Drago.
— Ah, salut Harry. Drago est occupé sur un truc un peu casse-pied, tu peux l'attendre dans la salle de pause ? Je lui demande de te rejoindre dès que possible.
— Pas de soucis.
Harry s'installa dans la salle de pause et fit les cent pas en patientant. Drago arriva quinze minutes plus tard, visiblement éprouvé. De la sueur perlait encore à son front et sa bouche était pincée. Il retrouva cependant le sourire dès qu'il vit Harry et vint se blottir un instant contre lui. L'ancien Gryffondor savoura avec bonheur ce câlin surprise, ce genre de geste était rare sur le lieu de travail de Drago, car il n'aimait toujours pas les démonstrations d'affections en public.
Après s'être séparés, Harry tendit la lettre à son époux sans prononcer un mot. Il la lut lentement et son visage s'illumina de joie. Ils n'eurent pas besoin d'échanger de mots pour se comprendre et Harry repartit rapidement, il avait un petit cadeau à trouver avant le soir.
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Dimanche 14 septembre 2008
Les deux amoureux rendirent visite à la petite famille le lendemain pour découvrir le nouveau-né et Drago apprit à ce moment-là que les jeunes parents souhaitaient qu'il soit parrain de leur fils, Luna ayant été choisie comme marraine. Le cœur débordant de reconnaissance, Drago prit dans ses bras le petit corps endormi et le garda aussi longtemps qu'on l'y autorisa. Être parrain avait une signification particulière et l'ancien Serpentard en était tout chamboulé. Cela faisait maintenant plus de deux ans qu'ils étaient devenus de bons amis, mais il n'aurait jamais imaginé que le couple lui faisait assez confiance pour avoir ce rôle auprès de leur enfant.
Ce soir-là, après avoir fait l'amour avec Harry, Drago prit une décision. Ils étaient encore blottis l'un contre l'autre, la tête brune était posée sur l'épaule du blond, leurs doigts entremêlés.
— Harry… je crois que je suis prêt maintenant.
Celui-ci releva la tête pour le regarder dans les yeux et Drago put presque voir les rouages de son cerveau chercher à comprendre ce qu'il essayait de lui dire.
— Je suis prêt à avoir un enfant avec toi, précisa alors l'ancien Serpentard.
— Vraiment ? Tu en es sûr ?
— Oui, j'en suis sûr.
— Tu n'as plus peur de ne pas savoir être un bon père ?
— Si, je suis terrorisé… mais on apprendra ensemble, comme on a appris à vaincre nos démons.
Harry affichait un sourire radieux et l'embrassa lentement, longuement. Un baiser plein de tendresse qui transmettait son amour.
— Merci Drago.
— J'irais au Ministère demain matin pour commencer les démarches d'adoption si tu veux.
Harry répondit alors par un nouveau baiser. Puis il se blottit de nouveau contre son épaule et les recouvrit de leur couette moelleuse avant de sombrer dans un sommeil peuplé de rêves agréables où une petite fille avait une place prépondérante.
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Samedi 26 septembre 2009
Le Chemin de Traverse était calme ce matin-là. Excepté quelques cafés, aucun commerce n'était encore ouvert en cette heure matinale. Pourtant, une agitation discrète était perceptible dans une rue derrière Gringotts. Les vitrines étaient opaques, comme lorsque l'on fait des travaux, et une enseigne venait juste d'être posée au-dessus de la porte. On pouvait y lire « Laboratoires ensorcelés de Malefoy et Nott » en lettres noires calligraphiées.
À l'intérieur cela fourmillait d'activité. Drago et Théodore couraient partout afin de donner les dernières instructions aux artisans et ouvriers. Le jeune homme blond était particulièrement stressé par le fait qu'ils puissent ne pas inaugurer dans les temps. Alors qu'il tançait vertement un jeune sorcier un peu trop lent à son goût, une voix s'échappant d'un patronus en forme de cerf l'appela.
— Drago ? Nous sommes arrivés, peux-tu ouvrir ?
Drago souffla et renvoya le patronus d'un geste de la main avant de s'adresser à l'ouvrier.
— Je reviens dans quelques instants, j'espère que d'ici là vous aurez terminé avec cette installation de feux pour chaudrons, ce n'est quand même pas si difficile que ça !
Il se dirigea vers l'entrée en grommelant à voix basse sur l'inutilité d'employer des professionnels quand ils étaient si incompétents et ouvrit la porte. Une partie de sa colère s'évanouit aussitôt que son regard se posa sur Harry, ses cheveux brun coupé court depuis peu et ses yeux verts pétillants. Il ne put empêcher les coins de sa bouche de se relever légèrement en réponse au sourire que son amour affichait.
— Vous arrivez un peu tôt, rien n'est terminé, prévint l'ancien Serpentard.
— Au contraire, nous allons pouvoir aider un peu, répondit Hermione.
Drago soupira et abdiqua, ne voulant pas se lancer dans une discussion avec la sorcière. À la place, il tendit les bras vers elle.
— Si tu me laisses prendre mon adorable filleul, je vous laisse entrer. Par contre, ne touchez à rien s'il vous plait, je suis déjà au bord de la crise de nerfs !
Hermione lui donna de bonne grâce son fils Hugo, tout juste âgé d'un an, et le contourna pour entrer la première. Ron et Ginny le suivirent, la petite Rose sur les épaules de son père. Harry passa une main sur la joue de Drago avant de lui faire signe de passer devant.
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Quelques heures plus tard, contrairement à ses inquiétudes, Drago put laisser partir les ouvriers et artisans. Tout était prêt pour l'inauguration. Il se rendit à l'extérieur avec Théodore et regarda longuement la pancarte accrochée au-dessus de la porte. Son ami lui passa un bras autour des épaules pour le rassurer.
— Tout va bien se passer Drago. Regarde comme la boutique s'est développée alors que tu ne pensais pas que ça fonctionnerait !
— Je sais Théo, mais je n'arrive pas à me départir de cette impression d'imposture… J'ai toujours l'impression que l'on me juge, que l'on s'attend à ce que je fasse un impair. Et si cela arrivait alors mon nom serait forcément la cause et je devrais tout recommencer à zéro.
— Tout ira bien, réaffirma le jeune Nott.
Drago hocha la tête et lança un sort pour éliminer la peinture opaque des vitrines, puis un deuxième pour y faire inscrire un court texte :
« Laboratoires ensorcelés » de Malefoy et Nott
Fabrication artisanale de potions par le Maître Potionniste - Drago Malefoy, diplômé en Potions avancées, École Magique Supérieure de Paris - et son équipe
Fournisseur officiel du Ministère, de Sainte Mangouste et de la boutique Aux potions Ensorcelées
Nous prenons uniquement en charge les commandes de professionnels et de particuliers, pour la vente au détail vous trouverez la boutique Aux Potions Ensorcelées à 200 mètres d'ici - en direction de Florian Fortarôme
Ouvert du lundi au vendredi de 10 h à 17 h et le samedi de 10 h à 12 h
À peine eût-il terminé que Harry sortit pour les rejoindre. Il se posta aux côtés des deux anciens Serpentards pour regarder la vitrine neuve.
— Je vais retrouver Ginny, annonça rapidement Théodore avant de s'éclipser.
Les deux amoureux s'enlacèrent un instant avant que Drago prenne la parole.
— Qu'en penses-tu ? demanda-t-il, la voix légèrement tremblante.
— C'est époustouflant ce que vous avez réussi à faire avec ce taudis ! s'exclama Harry. Je suis certain que ça sera bien mieux que dans ton ancien salon. Vous commenciez à être un peu à l'étroit là-dedans.
— Merci mon cœur. J'espère juste que nous n'avons pas fait une énorme connerie, Théo et moi mettons quasiment tout ce qui nous restait de nos héritages dans ce labo.
— Drago, nous avons déjà fait le tour de la question de nombreuses fois. Si vous n'aviez pas déménagé le labo dans un endroit plus spacieux vous n'auriez pas pu continuer à satisfaire toutes les commandes, et ça aurait fini par mal se passer pour la boutique, tu le sais.
— Oui tu as raison, mais j'ai toujours du mal à devoir dépendre de quelqu'un d'autre que moi-même pour mes dépenses courantes. Et avec les nouveaux salaires à payer on va être en déficit un petit moment… tu devras tout prendre en charge pour notre couple.
— Je sais que tu n'en as pas l'habitude et c'est ta fierté de Malefoy qui parle, mais je t'assure que je gagne largement assez bien ma vie pour nous deux, et même plus ! Depuis que je joue dans l'équipe nationale je suis vraiment bien payé.
— Heureusement que j'ai une star à la maison, pouffa Drago en ébouriffant les cheveux indisciplinés de Harry.
Cette discussion lui avait fait du bien. Il décida de refaire un dernier tour des locaux avant l'inauguration du lendemain. Il avait exceptionnellement invité une partie de la presse avec contrats d'exclusivités pour éviter un article désobligeant. Il n'était pas question que l'ouverture de son tout nouveau laboratoire de potions soit discréditée par un mauvais journaliste.
Harry sur les talons il poussa la porte et se mit en quête du petit détail qui n'était pas parfait. La pièce dans laquelle il se trouvait était relativement spacieuse et comprenait un grand comptoir blanc laqué sur toute la largeur de la pièce, trois sièges le long du mur gauche et un petit jardin d'intérieur le long du mur droit. Un réceptionniste serait présent sur les heures d'ouverture afin d'accueillir les clients, enregistrer les nouvelles commandes, encaisser et délivrer en mains propres certaines commandes et expédier celles qui devraient l'être après vérification du paiement. Après un dernier coup d'œil, Drago fut satisfait et passa de l'autre côté du comptoir par une trappe prévue à cet effet.
Derrière le comptoir avaient été installés des dizaines de casiers numérotés. Ils pouvaient tous être fermés hermétiquement par une petite porte et verrouillés. Les commandes prêtes à être expédiées ou délivrées y seraient stockées en toute sécurité.
Au-delà, se trouvait un long couloir comprenant plusieurs portes.
La première sur la droite menait à un grand bureau où Théodore ferait la comptabilité, aidé dans les tâches administratives par un assistant, et où seraient également stockés tous les documents liés à leurs deux entreprises, la boutique et le laboratoire.
La seconde du même côté menait à une pièce de taille moyenne transformée en salle de repos avec table, chaises et sofa. On pouvait également accéder à des toilettes et des douches depuis cet endroit.
En face de la salle de repos, de l'autre côté du couloir, une grille noire en métal, ordinairement verrouillée, menait à une vaste pièce où étaient stockés tous les ingrédients pour la fabrication des potions. Certains d'entre eux seraient même rangés dans des coffres sécurisés en raison de leur rareté ou dangerosité. Tout le matériel du parfait potionniste y serait également entreposé.
Tout au bout du couloir, une ouverture donnait sur un escalier menant au premier et unique étage de la bâtisse, si l'on ne comptait pas les combles. En haut des marches, une porte transparente sécurisée les séparait d'un gigantesque laboratoire. La plupart des murs avaient été abattus. Seule une petite partie de l'espace demeurait fermé par de larges baies vitrées menant à quatre petits box individuels. Drago et Théodore avaient profité du fait que ce mur séparant l'étage en deux ne pouvait être intégralement supprimé sous peine de voir leur bâtiment s'effondrer. Ainsi ils avaient conservé des parties du mur et créé des pièces vitrées. Dans ces « bocaux à strangulots » comme se plaisait à les appeler Jane, l'une de leurs potionnistes, seraient confectionnées les potions ne supportant pas les émanations des autres préparations ou nécessitant une atmosphère particulière. Tout le reste de l'espace était occupé par des paillasses avec des dizaines de chaudrons posés au-dessus des feux spéciaux. Les paillasses étaient particulièrement adaptées à la préparation des potions : à chaque chaudron était accolée une petite étagère contenant des casiers pour ranger le nécessaire pour la fabrication des potions et les ingrédients, ainsi qu'un petit tableau noir où s'inscriraient les instructions spécifiques. La pièce était illuminée par la lumière du jour grâce à de très grandes fenêtres dont les parois avaient été magiquement traitées pour ne laisser entrer que la lumière. Les feux sous les chaudrons allaient créer largement assez de chaleur pour ne pas laisser le soleil en rajouter en plein été. Par ailleurs, les deux Serpentard avaient fait installer une ventilation professionnelle pour aspirer et traiter les vapeurs des préparations avant qu'elles soient relâchées dans l'atmosphère.
Afin de pouvoir répondre aux très nombreuses demandes du Ministère et de Sainte Mangouste, sans compter l'approvisionnement de la boutique, le laboratoire serait occupé par Drago et trois potionnistes du lundi au vendredi, à des horaires normaux. Chacun des potionnistes avait également accepté d'être d'astreinte à tour de rôle les soirs et nuits du lundi au jeudi, en cas de problème imprévu avec une potion ou de préparation longue nécessitant une présence continue pendant plus d'une journée. Une montre magique connectée aux alarmes des chaudrons serait portée par la personne en charge de l'astreinte. Drago, quant à lui, se chargerait de la surveillance du vendredi soir au lundi matin. Par ailleurs, Théodore et Drago se rendaient disponibles à toutes heures pour leurs employés pour toute question urgente ayant trait à la boutique ou au laboratoire.
Après avoir effectué tout le tour des locaux, Drago décida que tout était suffisamment présentable et redescendit pour annoncer qu'ils pouvaient partir.
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Dimanche 27 septembre 2009
Drago, Théodore, ainsi que leurs amis, attendaient fébrilement dans la rue pour accueillir les quelques journalistes et photographes qui ne tarderaient pas à arriver. Drago avait choisi cette date exprès pour l'inauguration des laboratoires, cela faisait exactement quatre années, jour pour jour, qu'il avait ouvert sa petite boutique.
Une fois que l'assemblée fut au complet, les deux propriétaires guidèrent tout ce petit monde dans l'établissement, faisant visiter l'accueil et le laboratoire. Et c'est au milieu de ce dernier qu'ils répondirent aux questions, sous les regards bienveillants et admiratifs de leurs amis et amours respectifs.
Le lendemain matin, la Gazette des Sorciers et le magazine Les entreprises Sorcières, publièrent chacun un article très correct annonçant l'ouverture des nouveaux laboratoires Malefoy et Nott. En exclusivité, les deux amis avaient divulgué que dorénavant ils fourniraient également officiellement une partie des potions à destination de Poudlard, la notoriété de la qualité de leur production ayant récemment voyagé jusqu'en Écosse.
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Vendredi 2 octobre 2009
À la fin de la première semaine d'ouverture, Drago eut la surprise de trouver Harry qui l'attendait à l'accueil. Il discutait avec le réceptionniste, Thomas, qui préparait la fermeture des laboratoires pour le week-end. Les potionnistes et l'assistant administratif venaient tout juste de s'en aller et Théodore avaient pris son après-midi pour accompagner Ginny à un rendez-vous médical.
L'ancien Gryffondor l'accueillit avec un sourire charmeur qui fit papillonner son ventre, comme au premier jour, et il l'embrassa doucement sur les lèvres.
— Que me vaut le plaisir de te voir ici ce soir, mon cœur ? demanda-t-il.
— J'ai réservé un restaurant pour ce soir, répondit Harry, je voulais te faire la surprise.
Drago se demanda ce que cela pouvait cacher, mais il n'en dit rien et attendit que Thomas quitte les lieux pour s'en enquérir. Tout en fermant la porte à l'aide d'un tour de clé et d'un sort, il questionna Harry.
— Alors, la vraie raison ?
— J'ai vraiment réservé un restaurant, soutint Harry, mutin, n'arrivant visiblement pas à parfaitement camoufler son impatience.
Drago soupira.
— Je devine quand tu me caches quelque chose, tu le sais, insista-t-il gentiment en le suivant docilement malgré tout vers le lieu du repas.
— Petit impatient ! Je voulais attendre d'être à table, mais bon…
Harry fit une pause qu'il voulait sûrement dramatique, mais un immense sourire vint rapidement fleurir sur ses lèvres, les yeux brillants d'émotion.
— On a reçu des nouvelles de notre dossier d'adoption déposé il y a un an… Il est validé par la commission ! À partir d'aujourd'hui on peut être contacté à tout moment si un enfant nous est attribué !
Drago en resta bouche bée, une bouffée de sentiments mêlés l'envahissant progressivement. Il se sentait plus heureux qu'il ne l'eût jamais imaginé à l'idée d'avoir bientôt un enfant à lui, à eux. Un peu d'angoisse le tarauda également, mais il fit rapidement taire cette petite voix, il était temps qu'il laisse derrière lui cette désagréable habitude d'être inquiet. La guerre était loin maintenant, il était heureux avec Harry, il avait des amis formidables, il se dit qu'il pouvait certainement essayer de rayer définitivement ce sentiment de stress lié au changement, et l'insécurité qui en découlait, qui vivait en lui depuis que le Mage Noir s'était installé au Manoir Malefoy si longtemps auparavant.
Il se tourna vers Harry et laissa sa joie s'étaler sur son visage, puis il le serra contre lui aussi fort qu'il put, enfouissant son visage dans le cou de l'homme qu'il aimait tant.
Les deux hommes restèrent enlacés un petit moment en plein milieu de la rue, savourant le simple bonheur d'être ensemble, le bonheur de savoir que bientôt un enfant s'ajouterait à leurs vies déjà bien remplies.
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Samedi 10 avril 2010
Le temps était maussade, en parfaite cohérence avec un mois d'avril standard en Grande-Bretagne. Il bruinait depuis une semaine sans arrêt et le vent soufflait en rafales depuis la veille. Rien qui ne soit insurmontable pour des équipes professionnelles de Quidditch. Ce samedi après-midi avait lieu un important match pour l'équipe des Harpies de Holyhead. Les joueuses affrontaient les Chauves-Souris de Fichucastel qui tenaient le titre de champion depuis déjà trois ans. Depuis que les Canons de Chudley avaient gagné la coupe en 2006, les Chauves-Souris étaient repassées en tête, les Harpies les talonnant chaque année, restant à la deuxième place. De l'avis de certains, si Harry Potter n'avait pas signé dans l'équipe nationale d'Angleterre, les Canons seraient toujours premiers.
De nombreux amis de Ginny Weasley et une partie de sa famille avaient pris un billet pour le match, afin de la soutenir. La jeune femme brillait par son talent et était meilleure d'année en année. Harry savait que sa propre équipe cherchait un poursuiveur remplaçant pour la prochaine saison et il espérait fortement que les Harpies de Holyhead se démarqueraient cette fois-ci, afin que son amie d'enfance ait une chance de participer aux sélections. Rien ne pourrait lui faire plus plaisir que de voler de nouveau avec elle, dans la même équipe, comme à l'époque de Poudlard. Même si cela commençait par un poste de remplaçant au début. De toute façon, les blessures étaient tellement fréquentes qu'il y avait très régulièrement au moins un suppléant à la place de l'officiel, à chaque rencontre. Ainsi, dans son équipe, tous les remplaçants étaient entraînés exactement comme les joueurs principaux afin qu'ils soient au même niveau.
Harry était installé entre Teddy et Drago. L'enfant était actuellement en vacances chez eux et les deux hommes avaient trouvé que lui offrir un billet pour un match de Quidditch pour son douxième anniversaire, prévu trois jours plus tard, était une bonne idée puisqu'il était passionné par ce sport et avait hâte de pouvoir y jouer lui-même. Il attendait avec impatience d'être en deuxième année à Poudlard pour participer aux sélections.
Théodore n'était pas loin, assis juste de l'autre côté du blond. Les gradins se remplissaient progressivement et l'ancien Gryffondor se félicitait d'être si bien placé. Grâce au poste de Ron au Ministère, ainsi qu'à son influence de Héros, ils avaient pu avoir des places en loge, à un endroit stratégique parfait, en plein milieu, à tarif réduit. Ils en avaient fait profiter le maximum de monde et la couleur rousse prédominait à cet endroit des gradins.
L'ambiance électrique d'avant match gagna progressivement l'intégralité du stade et bientôt les équipes entrèrent en trombe sur le terrain. Les teintes éclatantes des robes des joueurs et des joueuses colorèrent le ciel, le vert et jaune des Harpies, le noir et rouge des Chauves-Souris, mettant un peu de gaité par ce temps gris.
Après quelques acrobaties, les deux équipes prirent place et le sifflet résonna bruyamment dans le stade, annonçant le début du match.
Pendant les quinze premières minutes, les équipes se jaugèrent, essayant probablement de savoir quelles seraient les tactiques appliquées et si le niveau des adversaires était le même que l'année passée. Ainsi de nombreuses passes et tentatives de buts furent effectuées, mais le souaffle ne passa aucun des anneaux dorés. Pendant ce temps, les attrapeurs cherchaient le vif d'or.
Puis, tout à coup, le match commença réellement et les échanges se firent plus énergiques, les joueurs et joueuses virevoltants sur leurs balais tels des danseurs de ballet aériens.
Harry commença par fixer son attention sur les attrapeurs, un réflexe professionnel, puis il se rappela qu'il était là pour encourager Ginny, pas pour décortiquer les méthodes de ses condisciples. Il garda un œil sur ces derniers, mais tourna son attention pour l'essentiel sur la jeune femme dont la longue chevelure rousse jurait affreusement avec son uniforme vert et jaune. Cela le fit sourire.
Les forces semblaient égales cette année et pour la première fois depuis longtemps les Chauves-Souris semblaient en difficulté face aux Harpies. Ces dernières ne manquaient presque aucune occasion de marquer et les poursuiveuses harcelaient presque le gardien adverse. Celui-ci ne savait plus où donner de la tête.
Alors que le score des Harpies talonnait celui des Chauves-Souris, la commentatrice s'extasia sur l'extraordinaire piqué de l'attrapeur en noir et rouge. Harry serra compulsivement la main de Drago, ne pensant pas une seconde qu'il pouvait lui faire mal, et serra les dents, espérant qu'il ne s'agissait que d'une feinte. Une clameur s'éleva dans le public alors qu'un éclair coloré piquait en vrille tout près des buts de sa propre équipe. Au même instant, un cognard, que personne n'avait vu, fonçait sur le joueur.
Tout le stade vit tout à coup l'attrapeur faire un écart tout en remontant brutalement sur sa gauche. La commentatrice indiqua alors qu'il avait évité de justesse la trajectoire de la destructrice balle noire. Un terrible accident venait d'être évité et le stade entier sembla soupirer de soulagement… Celui-ci ne dura qu'une fraction de seconde et un cri résonna dans les haut-parleurs tandis que le public assistait à la chute inexorable d'une joueuse des Harpies, harponnée involontairement par l'attrapeur adverse lors de sa manœuvre pour éviter le cognard. Une partie de son balai brisé encore dans sa main, la jeune femme tombait.
Harry se leva aussitôt, comme pour mieux voir ce qui se déroulait des mètres plus bas, un mauvais pressentiment au creux du ventre. Il se tourna la tête vers sa droite, croisa d'abord le regard de Drago qui ne lui apprit rien de particulier, puis celui de Théodore, qui lui confirma ce qu'il avait déjà compris. L'ancien Gryffondor sentit son estomac se tordre en lisant dans les yeux bruns une inquiétude certaine. Le visage de Théodore était crispé alors que lui aussi se penchait en avant pour tenter d'apercevoir quelque chose.
Harry sentit soudain sa main être tirée. Drago lui parlait et il ne s'en était pas rendu compte.
— Harry !
Il tourna la tête vers l'homme de sa vie et tendit l'oreille pour l'entendre malgré le brouhaha environnant.
— Inutile de chercher en bas, on ne voit rien. Cherchons-la parmi celles encore en vol ! Si Ginny est sur son balai, on s'en rendra compte très vite.
Harry acquiesça et prononça un « merci » silencieux avant de porter son regard sur le terrain. La partie était en pause, arrêtée par l'arbitre et tous les joueurs et joueuses étaient réunis au centre. Ses yeux balayèrent à toute vitesse les personnes en robes vert et jaune, cherchant la chevelure de feu, une distinction qu'on ne pouvait pas manquer. En vain, elle n'y était pas.
Ginny Weasley avait disparu vers le sol du stade de Quidditch, tombant sans balai et sans baguette, peut-être assommée par le choc avec l'autre joueur, qui semblait avoir été très violent. En effet, celui-ci saignait abondamment au niveau du visage et la position d'un de ses bras était anormale, c'était à grand-peine qu'il tenait encore sur son balai, soutenu par deux de ses camarades.
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L'accueil des urgences de Sainte-Mangouste avait été envahi par de nombreuses personnes venant toutes du même endroit, des robes de sorciers, des habits moldus et des robes de Quidditch se côtoyant. Tous les joueurs attendaient anxieusement des nouvelles des deux individus blessés, ainsi que leurs familles et amis.
Harry faisait les cent pas, essayant de calmer les battements affolés de son cœur. Théodore, ainsi que Molly et Arthur, avaient été appelés pour voir le médicomage qui s'occupait de Ginny. Cela faisait déjà un bon moment qu'ils avaient passé la porte menant aux salles réservées aux cas graves, et ils ne revenaient toujours pas.
Hermione et Ron étaient enlacés sur un banc, attendant désespérément des nouvelles. Drago était à leurs côtés, la main du jeune Teddy dans la sienne. Il tentait de garder un visage rassurant pour que l'enfant ne s'affole pas. Il avait prévenu Andromeda de venir le chercher, les salles d'attente des hôpitaux n'étant pas un endroit pour les enfants, mais celle-ci tardait à arriver. Il savait qu'elle rendait visite à sa sœur ce jour-là et attendait sûrement un portoloin pour revenir à Londres. Narcissa Malefoy avait parfois le droit à des visites surveillées de sa sœur, mais l'unique moyen d'aller au Manoir était d'emprunter un portoloin à la ville la plus proche du Manoir et de terminer en transplanant au bras d'un Auror chargé de la surveillance. Seul Drago avait toujours été autorisé à s'y rendre sans « chaperon » officiel.
Après un temps interminable pour Harry et tous les autres, Théodore, suivi très vite par les époux Weasley, réapparut. Les parents de Ginny se dirigèrent aussitôt vers leurs enfants présents dans la salle d'attente, l'ancien Serpentard vers son meilleur ami. Leurs visages laissaient présager le pire : des traits tirés, des yeux humides. Harry se dépêcha aussitôt auprès de Drago qui enlaçait Théodore. Ce dernier mit fin à l'étreinte au moment où l'ancien Gryffondor posait une main se voulant réconfortante sur son épaule.
— Alors ? questionna-t-il, inquiet.
— Ginny a échappé à la mort par miracle…
Harry souffla de soulagement.
—… mais elle n'est pas sortie d'affaire. Elle est dans un coma magique actuellement pour pouvoir être soignée sans ressentir consciemment la douleur. Elle est tellement abimée qu'ils ne savent même pas combien de temps cela durera, ni même si elle retrouvera toutes ses capacités motrices et mentales… sanglota Théodore.
Harry retint un cri en mettant sa main sur sa bouche. Savoir son amie en réel danger lui tordit les entrailles. Au-delà de la souffrance qu'il ressentait, il ne comprenait pas comment elle pouvait être dans un tel état. Les accidents de Quidditch étaient très fréquents, mais très rarement si dangereux.
C'est plus tard dans la soirée que Drago et Harry eurent plus de détails sur ce qui s'était passé, une fois que Théodore se sentit suffisamment fort pour en parler sans s'écrouler. Les circonstances exceptionnelles de l'accident avaient fait que personne n'avait vu assez rapidement la chute de Ginny pour l'empêcher de toucher le sol. L'arbitre avait apparemment lancé un sort pour la ralentir, mais tellement tardivement que l'impact avait été extrêmement violent. D'après les médicomages, elle aurait dû mourir sur le coup et seule la chance avait joué en sa faveur. Les dommages sur son corps étaient considérables, une grande partie de ses os brisés, des organes abimés ou éclatés et un traumatisme crânien accompagné d'une hémorragie cérébrale. Son état était tel que les guérisseurs avaient refusé que Théodore ou les parents de la jeune femme la voient ainsi. Par ailleurs, une équipe entière était encore en train de s'occuper d'elle quand ils avaient été convoqués. D'après eux, les soins dureraient probablement plusieurs mois, peut-être même une année entière. La magie la conservait en vie, en stase, mais elle ne pouvait pas tout faire. Cela prendrait du temps.
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Les mois s'écoulèrent lentement pour les proches de Ginny Weasley. Et le printemps pluvieux laissa place à un bel été, puis à un automne coloré.
Théodore avait passé la première nuit après l'accident au Square Grimmaurd, auprès de sa famille de cœur. Et il n'était pas reparti. Ni Drago ni Harry n'eurent le cœur de le renvoyer chez lui, seul.
Molly et Arthur passèrent voir leur fille tous les jours, attendant anxieusement qu'elle se rétablisse. Les médicomages faisaient leur maximum, mais malgré le coma magique, ils ne pouvaient pas tout faire trop rapidement, il y avait une limite à ce que le cerveau pouvait encaisser comme souffrance. Or la cicatrisation des os et la réparation des organes créaient de la douleur, les nerfs transmettaient l'information au cerveau qui interprétait le message et créait des molécules spécifiques qui se diffusaient partout, indiquant que la douleur était là. Alors le maître mot était la patience.
Quand les parents de Ginny n'étaient pas là, c'était Théodore qui se tenait au chevet de sa petite amie. Il y passait tout son temps libre et ne rentrait au Square Grimmaurd que pour dormir. C'était à peine s'il pensait à se nourrir alors ses amis se relayaient à ses côtés pour lui apporter de quoi se sustenter. Il voyait bien que les choses s'amélioraient, les guérisseurs étaient plutôt confiants, dans son rétablissement physique tout au moins, mais il trouvait le temps interminable. Tout ce temps passé dans cette chambre d'hôpital à veiller Ginny lui fit réaliser à quel point il tenait à elle, et que beaucoup de choses étaient finalement accessoires. Son désir d'enfant était même devenu secondaire, alors qu'il pensait que c'était une chose essentielle pour lui. Quant à leur sujet principal de dispute, le mariage, cela devenait dérisoire. Théodore avait toujours refusé de la demander en mariage, n'estimant pas nécessaire de se lier par une cérémonie pour lui prouver son amour. Ginny le souhaitait et cela créait régulièrement des tensions dans leur couple. Finalement, il se rendait bien compte que si cela pouvait lui faire plaisir, c'était ridicule de refuser. Après y avoir longuement réfléchi, il avait décidé de lui demander sa main quand elle serait réveillée.
Finalement, au début du mois d'octobre, les médicomages décidèrent que leur travail pour guérir Ginny était achevé. En tout cas, ils ne pouvaient pas poursuivre si elle restait endormie. Pendant les semaines qui suivirent, l'équipe au chevet de la jeune fille fût composée de kinémages qui renforcèrent ses muscles affaiblis à l'aide sorts spécifiques. Ainsi sa rééducation serait moins longue et moins pénible.
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Jeudi 21 octobre 2010
Ce jour-là, pendant la réunion quotidienne au début du service des équipes de jour de Sainte Mangouste, la décision de sortir du coma magique la jeune Ginevra Weasley fut prise. Il était temps. Les soignants avaient choisi un jour de semaine et un horaire où ils étaient certains qu'aucun proche ne serait présent dans la chambre. Par ailleurs, même si sa famille savait que son réveil était imminent, elle n'avait pas été prévenue de la date. Les médicomages préféraient travailler sereinement, sans la pression que pouvaient mettre sans le savoir des proches anxieux. Ils les préviendraient une fois que tout serait terminé. En général, le soulagement de voir le malade réveillé et en bonne forme, toute proportion gardée, effaçait la petite cachoterie.
Ainsi, toute l'équipe se mit au travail dès le matin pour sortir la jeune femme de son sommeil artificiel de la manière la plus douce possible. Progressivement, sa conscience fut ramenée à la frontière de l'éveil, pendant que des dizaines de sorts scannaient son corps entier pour surveiller ses constantes vitales et l'état de ses organes. En particulier son cerveau. C'était le seul doute qu'ils avaient, étant donné l'importance de l'hémorragie cérébrale qu'ils avaient dû endiguer des mois plus tôt. L'organe en lui-même était parfaitement normal au point de vue anatomique, mais ils ne pouvaient pas savoir si l'accident avait créé des dommages internes indétectables lors des phases de sommeil.
Heureusement, au fur et à mesure qu'elle revenait à la conscience, les différentes courbes de son encéphalogramme se modifièrent de façon tout à fait normale. Et l'ensemble de son corps semblait réagir également comme il le devait.
Ginny ouvrit lentement les yeux, papillonna plusieurs fois pour s'habituer à la lumière, et se retrouva face à de nombreuses personnes en robes vertes penchées vers elle, un air concentré sur leurs visages. Elle tourna doucement la tête à gauche et à droite pour essayer de reconnaître un visage, sans succès.
Une femme d'une cinquantaine d'années lui sourit et lui adressa la parole.
— Bonjour madame Weasley. Vous êtes à l'hôpital Sainte Mangouste suite à un accident de Quidditch. Nous sommes votre équipe soignante. Comment vous sentez-vous ?
— Un peu fatiguée, je suppose, répondit Ginny après un temps de réflexion.
— C'est tout à fait normal, vous n'avez pas encore entièrement récupéré. Vous souvenez-vous ce qu'il s'est passé pendant votre dernier match de Quidditch ? Essayez de me donner des détails, afin que je sache si vous ne souffrez pas d'amnésie.
Ginny trouvait la situation de plus en plus curieuse. Elle se sentait maintenant parfaitement éveillée, mais son corps lui semblait lourd, comme perclus d'importantes courbatures. Et tout ce monde dans sa chambre pour un simple accident était étrange. En revanche, les questions concernant sa mémoire ne l'étonnaient pas. Il était vite arrivé qu'on souffre d'amnésies partielles après un choc avec un cognard par exemple, dans le monde du Quidditch ce n'était pas inhabituel. Elle tenta alors de rassembler ses derniers souvenirs.
— Je me souviens d'avoir enfilé ma tenue de Quidditch dans les vestiaires. Nous devions jouer contre les Chauves-Souris de Fichucastel. Il faisait froid et il pleuvait. Je suppose qu'après ça nous sommes entrées sur le terrain et que le match a commencé, sinon je ne serais pas ici, mais je ne m'en rappelle pas.
— Très bien, votre amnésie semble ne pas être importante, c'est très bon signe. Le match a duré un peu plus d'une heure avant que vous ayez votre accident.
— Savez-vous qui a gagné ? questionna alors Ginny, inquiète de savoir si son absence avait pu causer du tort à son équipe.
La médicomage regarda un instant les autres personnes dans la pièce avant de finalement reporter son attention sur la jeune femme alitée.
— Étant donné la gravité de l'accident qui a eu lieu, la partie a été mise en pause plus d'une heure, le temps que l'arbitre décide si elle devait ou non être annulée. Finalement, votre équipe a gagné assez rapidement après qu'elle ait repris, probablement car l'attrapeur adverse était également hospitalisé.
— Est-ce qu'il va bien ?
La question innocente était motivée par une réelle inquiétude pour l'autre joueur. Les joueurs des équipes de la Ligue se connaissaient tous assez bien, s'affrontant depuis parfois des années. Surtout que la médicomage avait parlé d'accident grave.
— Il va très bien, il est ressorti de Sainte-Mangouste le lendemain du match. Vous avez été beaucoup plus touchée que lui, madame Weasley.
La guérisseuse fit une pause, certainement le temps de lui laisser le temps d'assimiler ce qu'elle venait d'annoncer. Ses craintes semblaient se confirmer, on ne disposait pas d'une équipe soignante aussi importante pour un petit bobo.
— À quel point ? demanda alors Ginny, voulant savoir si elle était estropiée ou quelque chose dans le genre.
— Vous avez chuté d'environ quinze mètres et seul un sort de ralentissement jeté au dernier moment vous a sauvé la vie. Nous vous avons mis en stase magique pour pouvoir vous soigner lentement sans créer de dommages. Nous avons réparé plus de la moitié de vos os, guéri votre foie, votre pancréas et une partie de vos intestins abimés, résorbé une hémorragie cérébrale et nous avons également dû vous extraire un rein. Malgré tous nos efforts, vous allez certainement conserver de profondes cicatrices dues à des dizaines de grosses échardes qui se sont logées dans vos bras et d'un gros morceau de balai dans votre jambe gauche. Celui-ci a éclaté violemment sous l'impact qui vous a fait chuter. Nous avons malheureusement eu beaucoup de travail pour vous maintenir en vie et soigner ces plaies de façon à ce que la peau reste lisse n'a pas été une priorité.
Au fur et à mesure que Ginny découvrait l'étendue de ses blessures, son visage se décomposa. Elle n'aurait jamais imaginé qu'un accident de cette ampleur pouvait lui arriver, et encore moins qu'elle y survivrait. La guérisseuse avait parlé de stase, mais n'avait pas parlé de sa durée. Une inquiétude lui tordit les entrailles.
— Quel jour sommes-nous ?
— Votre guérison a été longue. Et elle n'est toujours pas terminée, vous aurez encore de longs mois, voire peut-être des années, de rééducation. Nous sommes le jeudi vingt un octobre deux-mille-dix. Vous êtes restée en coma magique plus de six mois.
Ginny en resta bouche bée. Une sensation de malaise commença à prendre forme au creux de son ventre et une vague de tristesse l'accabla. Elle n'était pas du genre à pleurer à tout bout de champ, se considérait comme une personne forte et capable d'encaisser, mais là c'était trop. Elle éclata en sanglots. L'une des infirmières posa doucement sa main sur l'une de ses épaules et toute l'équipe attendit qu'elle s'apaise.
Après quelques minutes, les pleurs s'arrêtèrent et le regard de Ginny retrouva sa force habituelle, sa combativité. Après tout, elle avait la chance d'être encore en vie, alors elle se battrait et s'en sortirait. Alors qu'elle retrouvait ses esprits, ses pensées se tournèrent vers ses proches, se demandant pourquoi ils n'étaient pas présents.
— Où sont ma famille et mes amis ? Où est Théodore ?
— Vous êtes chanceuse, madame Weasley, vous êtes très aimée, répondit l'infirmière avec un sourire. Il ne s'est pas écoulé un seul jour sans qu'un membre de votre famille, l'un de vos amis, ou votre fiancé, soient présents à votre chevet. Ils vont être prévenus de votre réveil dans la matinée, nous préférions que vous reveniez à vous dans un environnement exclusivement médical pour éviter un stress supplémentaire. Je suis sûre qu'ils seront là d'ici peu de temps.
Après quelques sorts de diagnostics supplémentaires, l'équipe quitta la pièce pour laisser Ginny se reposer. Cette dernière se sentait fatiguée et aspirait à dormir un peu, d'un sommeil reposant cette fois.
Comme promis, des hiboux furent envoyés aux parents de Ginny et à Théodore Nott. Dès réception, le message fut transmis à tous les amis proches de la jeune femme et avant midi, sa chambre était pleine de monde. Le premier à arriver fut Théodore, laissant tout en plan aux laboratoires de potions. Leurs retrouvailles furent pleines d'émotions. En effet, le bonheur de se retrouver, surtout pour Théodore qui avait attendu de longs mois, était très intense. Par ailleurs, la médicomage qui avait expliqué à Ginny son accident profita de la seule présence du jeune homme pour annoncer une triste nouvelle au couple. Les dommages internes provoqués par l'impact avec le sol avaient également irrémédiablement détruit l'un des ovaires de la jeune femme, du même côté que le rein qui lui avait été retiré. Leurs chances d'avoir un enfant naturellement, déjà très minces, malgré un suivi médical depuis plusieurs années suite à leurs échecs répétés pour concevoir, devenaient presque impossibles puisque son ovaire restant n'était presque pas actif. Comble de malchance, lors de l'accident, Ginny portait en son sein un tout petit embryon de seulement deux semaines, qui n'avait pas survécu.
Ces nouvelles touchèrent particulièrement les deux amoureux et Ginny plus encore que Théodore. Ce dernier avait eu de longs mois à attendre le retour à la vie de sa rousse et le désir d'enfant était devenu presque secondaire, mais Ginny n'avait pas vu le temps passer et prenait l'information de plein fouet. Pour la deuxième fois en seulement quelques heures, elle ne put retenir ses larmes et pleura sur cette opportunité de maternité qui s'envolait.
La guérisseuse termina par les possibilités existantes de concevoir un enfant malgré leurs difficultés, une fois que la jeune femme serait intégralement remise de ses blessures. Elle voulait laisser un espoir au couple qui vivait visiblement très mal cette situation. Elle s'éclipsa rapidement ensuite, les laissant digérer, demeurant à leur disposition.
Les amoureux restèrent longuement enlacés et Théodore savourait de sentir de nouveau le corps de Ginny contre lui, un corps animé, même si pour le moment il essuyait ses larmes. Comme à son habitude, Ginny fit rapidement face et décida de se battre aussi pour cela. La vie avait décidé d'être dure, mais elle saurait combattre.
Ils résolurent de ne rien dire de tout cela à leurs proches, cela ne regardait qu'eux pour le moment. Il serait toujours temps d'aborder le sujet d'ici quelque temps si cela devenait utile.
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Ginevra Weasley resta encore une semaine à Sainte-Mangouste avant d'être autorisée à rentrer chez elle. Elle avait encore de très longs mois de travail pour rééduquer tout son corps à fonctionner normalement, à marcher, à écrire… Les médicomages avaient tout de même découvert quelques conséquences à son hémorragie cérébrale, la jeune femme avait oublié certaines capacités comme lire ou écrire. Ils supposaient que c'était encore quelque part, mais que son cerveau ne savait plus y accéder, alors elle devrait réactiver la mémoire des gestes et cela pourrait être long. De même, elle risquait d'avoir des difficultés de mémoires immédiates pendant plusieurs semaines, mois, années… ou pour la vie, ils ne savaient pas.
Pourtant, malgré toutes ces difficultés, le couple, plus amoureux que jamais, fit face. Par ailleurs, elle était très entourée et aidée par sa famille et ses amis. Elle avait un objectif en tête et s'y accrochait, car elle savait qu'elle y arriverait : remonter sur son balai et recommencer à voler dans l'équipe des Harpies de Holyhead !
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Samedi 27 novembre 2010
La pièce où Harry et Drago se trouvaient était particulièrement colorée. Des teintes vives et joyeuses décoraient les murs, des tapis de sol aux couleurs acidulées recouvraient un bon quart de l'espace et de nombreux jeux et jouets n'attendaient que d'être utilisés par de petites mains.
Tout l'espace avait été pensé pour mettre à l'aise les enfants, mais probablement pas des adultes n'ayant pas encore de bambin et ne sachant pas comment tromper leur attente.
Les deux hommes s'étaient installés autour d'une table ronde toute simple en plein milieu de la pièce. Le seul mobilier aux dimensions des adultes était comme un point de repère dans cet endroit un peu effrayant.
Draco avait revêtu son masque d'indifférence, comme une seconde nature pour lui, afin de cacher son anxiété. Harry, de son côté, gigotait sans s'arrêter. Son pied battait une mesure imaginaire et ses doigts tapotaient la table sur un autre rythme. Leurs regards ne cessaient de se croiser et chacun tentait de rassurer l'autre par un sourire crispé.
Finalement, leur attente prit fin et la porte s'ouvrit. Deux femmes entrèrent et refermèrent le battant doucement. La première d'entre elles portait un énorme dossier et la deuxième poussait un berceau qui lévitait grâce à la magie. Harry et Drago se levèrent aussitôt pour les accueillir.
Les deux sorcières leur firent signe de se rassoir et s'installèrent à leurs côtés. Elles se présentèrent comme étant respectivement mage sociale et sorcière puéricultrice. Elles parlaient doucement afin de ne pas réveiller le nourrisson endormi.
Alors que la première des deux femmes ouvrait le dossier et commençait à parler de la procédure d'adoption, les deux hommes ne cessèrent de jeter des coups d'œil au berceau, vers la silhouette minuscule en son sein. Ils ne pouvaient pas bien voir l'enfant, encore trop éloignée d'eux.
— Messieurs, les rappela-t-elle gentiment à l'ordre. Vous aurez tout le temps de l'observer, ne vous inquiétez pas. J'aimerais terminer la paperasserie avant qu'elle ne se réveille si vous le voulez bien.
Un peu penauds, Harry et Drago reportèrent leur attention sur ses explications.
Après les informations sur l'adoption, la deuxième sorcière commença à leur parler du bébé. Comme tous les nouveaux parents, ils eurent de la documentation sur les besoins d'un nourrisson, et comment y répondre. Ils avaient eu une semaine avant le rendez-vous pour se renseigner en amont, mais ils avaient encore de très nombreuses questions pratiques à poser à cette personne spécialiste de la petite enfance. Au bout d'un moment, le bébé commença à gigoter dans son sommeil et la sorcière annonça que son réveil était sûrement proche.
— Une fois éveillée, elle aura besoin d'être changée et nourrie également. Je vais vous montrer comment faire. Avez-vous d'autres questions ?
Drago regarda Harry pour la millième fois de la journée, semblant demander son assentiment. Ce dernier hocha la tête pour l'encourager.
— Et si nous ne savons pas quoi faire quand elle pleure ? Si nous n'arrivons pas à comprendre ce dont elle a besoin ? questionna l'ancien Serpentard, particulièrement angoissé à cette idée.
— Tous les parents sont régulièrement confrontés à ce type de situations, assura calmement la puéricultrice. Dans un premier temps, vérifiez que tous les besoins de base ont été pourvus et si cela n'est pas suffisant, si elle n'a pas de température et n'est pas malade, prenez la contre vous, c'est ce dont elle aura besoin pour aller bien. N'hésitez pas à vous faire aider si vous avez peur de perdre votre calme, il est préférable de la poser et de vous apaiser quelques instants plutôt que d'avoir des gestes violents. Vous vivrez forcément des moments difficiles, où vous devrez être patients, cela est normal.
Elle fit une pause dans son discours afin de s'assurer que les deux hommes avaient compris. Et Drago n'était toujours pas rassuré.
— Vous apprendrez à connaître votre enfant, ne vous inquiétez pas, termina finalement la sorcière en souriant.
Harry attrapa la main de Drago et la serra doucement. Ce dernier sentit son stress diminuer alors que l'ancien Gryffondor lui envoyait mentalement des ondes d'apaisement. Les conséquences du sort d'union magique se faisaient sentir pour la première fois dans ce type de circonstances. Drago en fut surpris, mais reconnaissant.
Tout à coup, de petits gémissements se firent entendre et le bébé gigota de plus belle. La sorcière se leva et la prit dans ses bras. L'enfant avait encore les yeux fermés, mais ses petits poings s'agitaient et ses paupières bougeaient.
— Elle va se réveiller d'ici quelques minutes, assura-t-elle.
— Je vais terminer les documents d'adoption le temps que vous vous familiarisez avec elle, annonça alors la mage sociale. Il ne me manque qu'une seule information, son prénom. Elle s'appelle actuellement Jane, mais jusqu'à quatre mois nous acceptons que les parents adoptifs donnent un nouveau prénom, car l'enfant ne le connaît pas encore vraiment.
Harry et Drago se regardèrent, ils en avaient parlé pendant la semaine et avaient évoqué des prénoms potentiels. Ils n'étaient pas tombés d'accord, ils n'en avaient pas eu le temps. Drago voulait respecter la tradition familiale et donner un prénom en rapport avec une constellation, mais Harry n'était pas favorable à l'idée. Pourtant, Harry surprit Drago, une nouvelle fois. Il lui fit signe qu'il pouvait décider. Une sensation de chaleur se diffusa au creux de son être, alimentant la bouffée d'amour qu'il ressentait pour son mari.
— Elle s'appelle Lyra… Lyra Lily Malefoy-Potter, annonça alors Drago d'une voix assurée.
Et Drago sut instantanément, au fond de lui, que Harry était profondément touché du choix qu'il avait fait. En effet, ils n'avaient pas abordé la possibilité de deuxième prénom et Drago savait que son époux ne s'attendrait pas à cet hommage.
Les deux hommes échangèrent un long regard, ignorant un instant ce qui se déroulait autour d'eux, comme cela leur arrivait de temps à autre quand les émotions étaient très fortes et qu'ils ressentaient ce besoin de s'isoler du monde pour mieux ressentir leur amour.
Un pleur brisa cet échange et Drago se tourna alors vers le bébé, toujours dans les bras de la sorcière.
— La voilà qui se réveille. Je vais vous demandez de me suivre dans la nurserie, nous y trouverons tout ce qu'il faut pour la changer et la nourrir. L'un d'entre vous peut-il pousser le berceau ?
Elle sortit alors de la pièce rapidement et les deux hommes ne purent que la suivre, Harry poussant le berceau flottant. Ils rejoignirent la sorcière et se penchèrent sur son épaule pendant qu'elle posait l'enfant sur une table à langer.
— Je vais vous montrer comment la changer et l'habiller.
Drago se tint immobile, à côté d'elle, pendant tout le temps que cela dura. Il observa avec une grande attention comment la sorcière faisait et tenta de tout imprimer dans sa mémoire pour pouvoir le refaire seul. Il lui semblait que changer et habiller un bébé était à la fois simple et compliqué, les gestes en eux-mêmes n'étaient pas difficiles à effectuer, mais le nourrisson si petit avait l'air si fragile.
— Et voilà qui est terminé, conclut la sorcière en attachant le dernier bouton du minuscule gilet brodé. Avez-vous des questions, messieurs ?
Drago s'apprêta à parler, mais son regard croisa deux petits orbes bleus océans qui s'étaient tournés vers lui. Nulle peur, nulle douleur, nulle inquiétude dans ces yeux innocents. Cela rassura immédiatement l'ancien Serpentard, après tout si d'autres y arrivaient, il pourrait parfaitement élever cette enfant avec Harry.
— Non, répondit-il alors finalement.
Au même moment, la petite fille plissa les yeux et se mit à pleurer. La sorcière expliqua qu'elle avait sûrement faim, fit venir un biberon à l'aide de sa baguette et le tendit à Harry. Drago vit aussitôt que ce dernier était plus que ravi de nourrir Lyra et cela ne le dérangeait pas de lui laisser ce privilège.
La sorcière installa le jeune papa dans un fauteuil, positionna le bébé au creux de ses bras et lui donna le biberon. Elle n'eut même pas le temps de lui donner plus d'explication que l'ancien Gryffondor avait déjà mis la tétine dans la bouche du bébé, arrêtant aussitôt les pleurs.
— J'ai nourri Teddy des centaines de fois quand il était bébé, expliqua Harry à Drago en relevant les yeux vers lui un court instant. Visiblement ça ne s'oublie pas !
Drago sourit et regarda l'homme de sa vie dont le regard s'était de nouveau fixé sur le visage du bébé. Une sorte de connexion semblait s'être formée et les yeux bleus de Lyra ne quittaient pas les pupilles émeraude. Une pointe de jalousie se faufila sous la peau de Drago. Il la fit taire rapidement.
Très vite, le biberon fut vide et Harry passa délicatement le bébé sur son épaule pour lui faire faire un rot. Celui-ci ne tarda pas à sortir et Drago grimaça. Il avait oublié ce type de choses répugnantes qui allaient de pair avec un nourrisson. Il lui faudrait tout son self-contrôle pour apprendre à gérer ça, il le savait, mais un simple coup d'œil vers Harry effaça ses inquiétudes. Son mari était si heureux, si rayonnant de bonheur, avec ce bébé dans les bras, que Drago était prêt à faire tous les efforts du monde pour devenir un bon père.
Comme tout semblait bien se passer, la sorcière expliqua qu'elle avait un sac avec les affaires de la petite fille à aller chercher pour eux. Elle sortit alors et le bébé rapidement se mit à pleurer. Drago, un peu effrayé, regarda Harry. Ce dernier ne semblait pas inquiet et se mit à marcher dans la pièce en berçant l'enfant. Mais cela ne fonctionnait pas et elle criait de plus en plus fort. La panique commença à gagner l'ancien Serpentard, quel était le problème ? Que devaient-ils faire ?
— Qu'est-ce qu'elle a ? demanda-t-il.
— Aucune idée… les bébés pleurent parfois sans raison visible. Teddy pleurait beaucoup à certaines périodes, on a jamais su pourquoi.
Harry semblait serein et continuait à bercer Lyra, mais Drago se sentait de plus en plus mal. Les gémissements du bébé ne s'apaisaient pas et au-delà de l'angoisse de l'inconnu, un sentiment d'impuissance grandit progressivement en lui. Elle avait besoin de quelque chose et il ne savait pas quoi faire. Les pleurs provoquaient en lui une tempête d'émotions qui le submergeait, il ressentait au fond de ses tripes la détresse de ce petit être qui demandait à être apaisé et il ne souhaitait qu'une chose : qu'on lui dise comment faire pour y arriver.
La sorcière revint et Drago soupira de soulagement. Harry lui tendit le bébé, mais elle secoua la tête.
— Je ne serais plus avec vous quand vous rentrerez à la maison tout à l'heure avec elle. C'est à vous de répondre à ses besoins.
Drago échangea avec Harry un regard paniqué.
— Mais je vais vous montrer quelque chose qui peut marcher, reprit-elle en souriant. Retirez votre pull et votre chemise, monsieur Malefoy.
— Je vous demande pardon ?
— Faites ce que je vous dis. Déshabillez-vous et asseyez-vous ici, insista-t-elle d'un ton ferme.
Drago obéit, bien que perplexe. Il était à deux doigts de se dire que cette femme ne savait en fait pas si bien que ça s'occuper des enfants. Alors qu'il se déshabillait, la sorcière demanda à Harry de mettre l'enfant en couche. De plus en plus inquiet, Drago échangea un regard avec Harry qui ne semblait pas plus avancé que lui. Très vite, la femme guida Harry et celui-ci déposa Lyra à plat ventre, les genoux remontés, sur le torse de Drago, semi-assis dans un fauteuil confortable.
— Tenez-la bien contre vous, indiqua la sorcière tout en couvrant l'enfant d'un plaid auquel elle jeta un sort de chaleur.
Drago plaça ses mains sur le petit corps blotti contre lui. Il fut aussitôt étonné de constater que celles-ci étaient vraiment grandes par rapport à la taille de l'enfant et l'impression de fragilité du bébé ressurgit.
Lyra continua à pleurer pendant encore un moment qui lui parut interminable. Cependant, la force des cris diminua progressivement et les larmes cessèrent bientôt de mouiller son torse. Il soupira de soulagement, ses tympans soulagés du bruit.
Alors que le silence emplissait la pièce, Drago perçut le léger son de la respiration du bébé, presque infime. Il sentait le petit ventre se gonfler et se dégonfler contre le sien. Il baissa précautionneusement la tête vers le petit visage tourné sur le côté gauche et constata que les jolis yeux bleus s'étaient fermés. Elle s'était finalement rendormie, blottie dans ses bras. Il se sentait bien, il avait chaud et la peau de Lyra était si douce sous ses doigts. Une douce sensation de plénitude l'envahit et il rejeta sa tête en arrière contre le dossier, relâcha la tension dans ses muscles et se détendit. Ce fût à cet instant précis, le corps et le cœur emplis de bonheur, et d'un peu de soulagement, il faut bien l'avouer, qu'il se sentit vraiment prêt à être père.
La voix de la sorcière lui fit rouvrir les yeux, il n'avait même pas eu conscience de les fermer tandis qu'il était concentré sur sa fille blottie contre lui.
— Ceci est appelé peau à peau. C'est quelque chose que l'on fait beaucoup avec les nouveau-nés et pendant les premières semaines de vie, mais même à trois mois cela fonctionne encore très bien, comme vous le constatez vous-même.
— C'est incroyable comme elle s'est vite apaisée au contact de Drago, comment cela se fait-il ? questionna Harry.
— Elle s'est sentie en confiance, aimée et protégée contre lui. La chaleur du corps, les battements du cœur, ont tendance à apaiser les tous-petits. Ça ne marche pas systématiquement, mais cela vaut toujours le coup d'essayer. Vous pourrez y avoir recours autant que nécessaire et même sans peau à peau, le portage en écharpe est également très efficace pour avoir les mains libres. Associer le peau à peau, ou le portage, à des bercements ou balancements a également fait très souvent ses preuves.
— Merci, énonça Drago, plein de gratitude pour ces précieux renseignements.
La puericultrice sourit avant de reprendre la parole.
— Nous allons attendre un peu puis nous allons l'habiller et vous pourrez aller signer les papiers de son adoption.
Pendant les quelques minutes suivantes Drago conserva la petite fille contre lui, profitant du bonheur de se sentir presque père. Il avait posé sa tête contre Harry, qui s'était installé sur l'accoudoir du fauteuil, et conservait les yeux fermés alors que la main de son homme caressait doucement sa nuque.
L'heure du départ arriva très vite et sans qu'ils s'en rendent compte, les deux amoureux se retrouvèrent sur le pas de la porte. Harry portait un sac plutôt lourd compte tenu de sa taille, il le soupçonnait d'avoir été rapetissé par magie. Il passa son autre bras autour de la taille de Drago qui portait Lyra, éveillée et calme.
— Prêt ? lui demanda-t-il en souriant.
— Prêt pour notre nouvelle vie, affirma Drago sans lâcher des yeux le regard bleu océan.
Un craquement caractéristique retentit et le trio disparut.
Voilà, cette deuxième partie est terminée. J'attends vos retours avec impatience !
J'ai quelques idées pour continuer ce bonus, et notamment des passages sur la vie des personnages secondaires, mais je ne suis pas encore certaine de les écrire car j'aime l'idée que cela s'arrête ainsi et surtout j'ai envie de démarrer l'écriture d'un autre drarry.
Si vous souhaitez en savoir plus sur quelques évènements de l'avenir que j'ai imaginé pour Harry, Drago et Lyra ; Ginny et Théodore ; Ron, Hermione et leurs enfants ; William et Denis ; et Narcissa ; dites le moi et je m'y mettrais doucement pour vous offrir un ultime chapitre bonus car tout est déjà planifié (mais pas écrit).
Je vous dis peut-être à bientôt sur cette histoire, et quoi qu'il arrive nous nous retrouverons pour une nouvelle fiction dans quelques mois.
:)
